par
Prose philosophique
Une manière d’introduire
l’habile dépossession faite de matière vocalisable
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LIRE PLUSJe dois d’abord vous avertir que cet écrit va tenter de disparaître sous nos yeux sans que nous ayons à en souffrir. N’ayons pas peur des conséquences de cet avertissement, l’effacement se fera d’une manière lente et indolore.
Ce sera un écrit calque, une prose transparente, un récit qui n’en est pas un.
Aucun récit ne peut être, il peut simplement bien s’adapter, souple et preste à représenter. Celui-ci représentera l’habileté d’exister.
Cette sculpture de mots, taillés dans la sauvagerie de la matière vocalisable doit disparaître sous mes yeux et sous les vôtres ensuite.
C’est cette matière et elle seule qui est la maîtresse de toutes mes conjugaisons.
Cet écrit devra réussir à montrer l’habile dépossession par sa propre disparition.
Je n’écris pas une histoire mais plutôt l’histoire de la gestation d’une histoire, ses distractions abusives et sa liste de flottements.
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Flottement 1 :
Écrire son nom comme un chat
dans une romaine prose lourde mais vive
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Je me donnais l’illusion d’une unité et j’appellais cette illusion culture tandis qu’une savante dégénérescence animait tout ce que j’aurais pu prendre pour une nouveauté. C’est de cette savante illusion que j’aimerais vous entretenir. En effet tandis que l’on tient pour dit ce qui n’est même pas encore formulé et si par malheur une formulation concrète se dessine, l’avancée à reculons produite par cette illusion du bien dit redoublera le leurre.
J’apprenais à écrire mon nom et par quelques reconstructions grossières d’une enfance trop rapide et sans aucun aveu particulier, je me souviens que certains riaient quand je le prononçais. Maintenant je porte à ébullition les lettres qui le composent depuis que j’ai conquis les voies de communication et les fleuves qui sont des accoucheurs de noms.
Dans l’eau naissent les noms. Les hommes d’affaires changent de nom autant qu’il est nécessaire à leurs entreprises. L’être humain n’en a qu’un pour toute sa vie. Il passera celle-ci à le réinventer. Brossé et rebrossé par la correction, il l’oubliera finalement sur le bord d’un instant comme un autre.
Sous la forme d’inscriptions mentales il nous reste quelques traces de noms anciens. Certains /très peu/ nous sont restés inscrits lumineusement. Ceux-là rendent coupables ceux qui n’existent pas encore dans leur nom, et sacré tout ce qui surgit de la mystérieuse imprécision qui les anime.
Quoique tout cela soit très beau et rempli de promesses, je ne réussis pas à dépasser l’ordinaire d’un travail qui se poursuit sous l’enveloppe du corps, souvent nommé à la légère.
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Ce premier flottement en embrasse déjà un autre dont je ne retiendrai que ceci : le nom se fait dans l’eau.
REGROUPER"Entre le je et la disparition du je, il y a Vingt flottements. Mes inventions et mes intentions me déshabillent tandis que je les découvre en même temps que vous." On l’entend parfaitement ce travail à fleur de peau, sincère, et l’auteur dit: "je ne réussis pas à dépasser l’ordinaire d’un travail qui se poursuit sous l’enveloppe du corps, souvent nommé à la légère." Et plus loin ajoute: "La grammaire est une bouillante illustration de nous-même." Peut-être c’est pour vous dire: "Faites attention à ce que je nomme très bien. […] Peut-être, être si peu que cela: juste le lieu des mots est ce que je préfère."